Unité post aigu (UPA)

Je passe la première porte, une infirmière ferme à clé la porte derrière moi. Elle me dit de m’asseoir et d’attendre. Dans ma tête je me demandais ce que je faisais là. L’infirmière revient avec de quoi écrire et me dit : Suis moi.
On rentre dans le bureau de ma nouvelle psychiatre. Déjà sa tête me convenait pas. Et sa voix non plus. Elle se présente, elle m’explique le réglement, qui est : Pas le droit de sortir de l’unité, pas de visite dans un premier temps, repos patients, repas avec les infirmiers et les autres patients, fouille a l’entrée etc. Dans ma tête je me dis, mon dieu, quand est ce que je vais sortir. Mais ça c’étaient les règles en général pour moi c’était autre chose. Trois compléments alimentaire, pas le droit d’aller dans ma chambre après le repas, pesé a l’improviste, pas de perte de poids, pas de sport, pas de sortie en famille. La psychiatre me fait tout un cinéma sur mon IMC. Bref, le topo c’est que je devais reprendre du poids. Je sors du bureau, je passe une porte qu’on referme juste derrière moi. Me voilà en cage. Je croise les autres jeunes et je vais en chambre avec une infirmière pour fouiller mes affaires. Pas de rasoirs, pas de laxatifs, pas de ceintures, pas de parfum etc. L’infirmière s’en va et je vais demander si je peux fumer. On me répond : Tes parents n’ont pas encore dis combien de clope tu as le droit, de toute façon le maximum c’est 10. Je vrille. 10 cigarettes? Mais j’en fume 20/25 par jour !!!
Je retourne en chambre énervée. J’y reste la journée, puis le repas arrive. Croc monsieur, la blague. Je refuse d’en prendre un. Je mange trois feuilles de salade et on me donne mon complément alimentaire. Le goût était horrible et me dire que ce petit truc, contient 300 calories, c’était pas possible. Alors je fais semblant de boire, j’aspire et je bloque la paille avec les dents. Arrivé la fin du repas on doit tous débarrasser. Je mets mon complément a la poubelle et le reste de salade. Je sors de la pièce et là j’entends une infirmière (que au passage je détestais dès le départ) crier  » Mlle J* viens là ». J’y vais l’air de rien et là je la vois le complément alimentaire à la main. Elle a fouillé dans les poubelles. La garce. « C’est quoi ça ? Tu dois respecter le contrat ! » « Oui mais j’y arrive pas, je peux pas c’est trop » Et elle répond « C’est prescrit par le médecin, tu sais ce qui t’attends sinon. Je le met au frigo tu le prendra petit a petit, mais tu dois en prendre trois par jour » je pars, la colère qui grimpe, je décide d’aller dans ma chambre et la « Mlle, tu dois rester ici devant l’infirmerie pendant 30 minutes ». Bonne élève je le fais et je vois les autres patients. Des perchés, des sympathiques, des curieux. Mais j’étais dans ma bulle. Puis les questions  » Pourquoi tu es là ? »  » Tu sais tu dois attendre 3 semaines pour avoir de la visite »  » Tu fumes? » etc. J’ai pas la tête a faire connaissance. L’heure de la clope. Mes parents ont fixés 8 cigarettes par jour. Si j’avais eu mon portable, je crois que j’aurais téléphoné en furie. Bref, je prends ma clope, trop courte à mon goût. Et là, 13h c’est l’heure du repos patients. 1 heures 30. Première chose que je fais, c’est écrire encore et encore toute la haine que j’ai en moi. Puis je me pose sur le lit et je dors. On me réveille pour le « goûter ». Bon dieu, mais on fait que ça ici, dormir et bouffer? Meme la télé on peut pas la regarder. Je croyais que j’allais devenir folle. L’infirmière me sort donc mon complément alimentaire. J’avais envie de lui envoyer en pleine tête. J’ai bu deux gorgées.
Ensuite je devais manger quelque chose. Bien-sûr je voulais pas de pain avec du fromage ou de barre aux céréales. Je demande s’ils avaient des fruits. Bananes, kiwi et pomme. Je prends un kiwi. Je le mange le moins vite possible. Et hop, je sors. Pas le droit d’aller en chambre. J’ai pas le choix, je dois apprendre a connaître les autres patients pour que le temps passe plus vite. Il y avait une fille qui se démarquait des autres. Elle est venue naturellement me parler de tout et de rien. Elle avait le rire facile. R* était un petit rayon de soleil ( à l’heure actuelle, c’est ma meilleure amie). Bref, elle allait quitter la clinique le lendemain. Les autres patients se connaissaient bien, alors c’était compliqué d’engager le dialogue. Je fume ma clope de 16h. Ensuite il y avait une activité sportive de prévue, mais moi j’avais pas le droit. Je suis allée en chambre et j’ai écrit. Et puis 19h arrive et rebelote, repas, médicaments, cigarette. Le soir on pouvait regarder la télévision 1h30, donc je vais voir. Je disais rien… Et a 22h30 on devait tous aller dormir. Moi ils venaient me prendre la température, j’ai jamais compris pourquoi mais bon…

Les journées se ressemblaient toutes. Puis j’ai vrillé. La psychiatre me disait que c’était pas assez ce que je faisais. Je me suis dis, si je veux sortir, je dois manger et après je serai tranquille. Alors aux repas je mangeais un peu plus. Puis beaucoup plus. Mais j’avais mes compléments quand même. J’ai demandé a voir la psychiatre, elle est ok pour m’en enlever un. Je mangeais encore et encore. Je tombais dans la spirale de l’hyperphagie a cause d’eux. J’avais le droit a la pesé a l’improviste. Je voulais pas savoir mon poids. Je mangeais tellement que la psychiatre m’a arrêté les compléments alimentaire. A présent, j’attendais l’heure des repas avec impatience. Il n’y avait que ça dans la journée. Sur mon cahier, j’écrivais ma peine, ma haine, ma tristesse. Puis arrive la periode des trois semaines terminées (délai minimum de l’hospitalisation). Je croyais pouvoir sortir. Et la la psychiatre me dit « Ce n’est pas une question de poids, il faut que tu restes environ trois mois ». Waw, la claque ! Alors, aux repas, j’ai diminué les quantités. Et les autres patients disaient en rigolant « Tu fais régime? ». J’avais envie de les claquer tous.

J’avais le droit au téléphone 10 minutes par jour. Et les appels 15 minutes maximum. J’ai appelé ma mère, je voulais qu’elle me sorte de là. Elle m’a dit « Tu dois écouter les médecins ». J’ai cru que j’allais devenir folle.

Entre temps, j’ai apprit a connaitre les infirmières. J’étais très proches de C* et V*. Comme j’avais du mal a m’exprimer à l’oral, je le faisais par écrit. On en parlait après si j’avais envie. J’ai adhéré aux soins. J’ai pu faire du sport, j’avais des permissions toutes les trois semaines. J’allais chez maman pendant une nuit, je lui dévalisais le frigo. J’étais devenue boulimique sans le savoir. J’ai donc prit du poids, énormément de poids.

Les affinités commençaient a se faire avec les autres patients, le temps passait plus vite. Pendant le « repos patients », on se retrouvait tous dans le couloir pour. Le cadre de santé nous a vu plus d’une fois et nous a bien disputait. Mais on recommençait le lendemain. On était tous unis pour retrouver la liberté. Les départs étaient toujours douloureux, moi j’attendais le miens avec impatience. Mais ça ne venait pas… Pourtant je mangeais, je faisais que ça. On avait le droit a deux bouts de pain par personne, discrètement, j’en prenais trois. Je me souviens d’une fois où on faisait atelier cuisine pour préparer le repas du nouvel an. Et, les infirmiers ont oubliés de fermer la cuisine. Allez hop, on y va. Les autres n’osaient pas. Mais moi pour manger, j’étais prête a tout.

Arrive le jour de ma sortie. Le traque. J’allais pas loin, j’allais aux soins études qui étaient a 10 mètre de l’UPA. La semi liberté était géniale. J’allais en cours au début, puis les profs, me faisaient régresser. J’étais en première quand j’ai arrêté le lycée a cause de mon poids et eux, ils me mettent en seconde. A partir de ce moment là, j’allais plus en cours et je restais avec une amie extraordinaire qui m’a fait rire pendant dès heures. On parlait tout le temps, on a même fugué ensemble. On est pas allé loin, on a pas réussi a sortir de la ville. Alors on décide de rentrer, on se tape dans les mains en se disant que personne n’avait rien remarqué. On arrive dans le halle et la.. Personne. Les infirmières nous font un long discours sur la confiance et le lendemain rebelote avec la psychiatre. Bref, on s’est retrouvé un peu sur les fesses.
Arrive une nouvelle patiente. Je vais vers elle pendant le cours de théâtre et elle me parle d’elle. Et il se trouve qu’elle habite le village où habite mon père, un petit coin perdu. Le monde est petit. De là on a parlé, on s’est rapproché et on est devenue de grande amie. Ce qui était bien c’est que le courant passait bien avec mon autre amie R*. On était inséparable toutes les trois.

Une fois j’ai décidé de fuguer seule. Je suis allée dans un chantier, il faisait froid. Je me souviens y être resté des heures, puis j’ai marché sans savoir où j’allais, je ne savais même pas comment retourner a la clinique. J’arrive a la mairie, heureusement il y avait des toilettes et là, la voiture de police qui s’arrête. Bon allez c’est bon, j’ai compris, je vais retourner dans ce centre… La psychiatre me convoque le lendemain, je sais même pas ce que je lui ai dit. J’avais besoin d’air, de sortir de ce fichu système médical, de marcher où je voulais, de vivre ma vie. J’avais pas un sous en poche. J’avais enlever ma carte sim pour que personne ne me trouve, bref. J’étais à bout.

Un jour, je me fais hospitalisée pour une T.S, j’appelle J* et R* et elles m’annoncent toutes les deux qu’elles ont quitté la clinique. Waw, la bombe… Je rentre de l’hôpital et je me retrouve béa. Je me dis que j’allais pas rester dans la chambre toute seule. Alors j’ai eu des amitiés avec d’autres, mais c’était pas pareil. C* et L* étaient très superficielles et je déteste ça. De là, je commence a penser a ma sortie. Je vais voir la psychiatre, je lui dis que je me sens prête a partir et elle me dit : ok, mais tu iras a l’hôpital de jour. Super… C’était le bâtiment en face. Donc je rentre chez maman et je me souviens dans la voiture quand elle m’a dit  » Tu aurais deux ou trois kilos a perdre ». Waw, merci maman…

J’arrive donc a l’hôpital de jour. On me présente. J’accroche avec personne. Je suis obligée d’aller en cours. J’ai vrillé, j’ai arrêté d’y aller et j’ai repris ma scolarité dans un nouveau lycée . Pour moi L’UPA c’était fini. Le soins études aussi. L’hôpital de jour également. J’étais libre et heureuse. Résultat, 56kg a ma sortie. Le choc total.

Sayline

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