La tête pensante.

Je sais que je joue avec la vie. Mais malgré ma maladie j’ai envie de réussir a vivre. On me dit de prendre du poids et vite. Ca me rend dingue. Comme si, comme ça, du jour au lendemain j’allais manger des repas « normaux ».
J’ai peut-être pas un parcours comme chaque personne de mon âge, mais j’ai appris beaucoup sur la vie, en 11 ans les remises en questions ont été là. Tout le monde me dit que on peut tout faire pour moi, le changement vient que de moi. Mais j’ai essayé, mon poids a fait le yoyo, j’ai souffert, j’ai crié, j’ai cessé d’en parler. Maintenant je n’en parle plus a ma famille. Les futilités, les projets, remplacent les « j’ai fait une crise » »j’ai perdu ». Pour être honnête je suis seule face à tout ça. Laisser sur le quai de la gare du bonheur. Oui, je n’ai pas de travail, oui je n’ai pas le permis, oui je n’ai pas de chéri et encore moins d’enfant, oui je ne suis plus la C* d’avant. Mes parents me disent « On veut retrouver la C* d’avant ». Mais la C* d’avant a grandi dans l’incompréhension et dans la souffrance inexplicable. Cependant je suis riche d’expérience. J’ai eu des mains tendues dans mon parcours, j’ai rencontré des personnes formidables. Non, je ne suis plus suicidaire, j’ai juste des tca. C’est comme ça et on l’accepte ou pas. Je ne vais pas guérir pour être aimée. Quand j’avais un poids dans la « norme » (bon Dieu, que je déteste cette notion de normalité!) on ne me disait rien.
Au nouvel an j’ai eu le droit a toutes les réflexions de ma mère. On peut pas aller au restaurant parce que je mange pas, on peut pas boire parce que j’ai un traitement, on peut pas danser parce que j’aime pas ça. Mais maman, fait le avec des amis. On est pas copine. Elle m’a dit « On m’a dit que c’était long de guérir mais la en plus de 10 ans c’est trop, stop ». C’est pour ça que je n’en parle plus. J’en ai parlé pour les fêtes de noël car j’avais peur, mais maintenant je n’en parle plus.
Ma mère veut que je prenne du fortimel. Oui mais j’ai un passif avec le fortimel en yaourt. J’en mangeais 5 ou 6 et je passais 30 mn a tout vomir. Et oui, je suis surement irrécupérable. La maladie n’est pas assez comprise autant pour la famille que par certains professionnels de santé. Heureusement j’ai une psychologue spécialisée qui m’aide a me remettre en question. Combien de fois j’ai pleuré. Elle a un franc parlé qui fait réagir.
Je pensais a une hospitalisation pour me reposer, mais cette idée est vite passée. Car, je dois passer mon permis, faire du bénévolat, faire des rencontres, vivre ma vie. La maladie n’est pas ma vie. Cependant elle a fait fuir pas mal de personnes. Mais j’ai une meilleure amie en or, qui est là, qui me traite comme une personne normale et ne me juge pas. Ça n’a pas de prix. On passe 2 heures au téléphone sans s’en rendre compte. Autant quand ça va pas, que quand ça va. Et ça fait du bien de parler a quelqu’un de mon âge. Ça manque c’est vrai.

Au fond de moi j’aimerais écrire un livre. Mais, comme j’ai un parcours atypique, c’est compliqué de parler de 11 ans de maladie, d’hospitalisation, d’amour, de folie, de drogue, de rencontre. Ah ça oui, je me suis mise dans des situations assez délicates et dangereuse. J’ai joué avec ma vie plus d’une fois tant j’ai du mépris pour ma personne. Je n’imagine pas l’état de mon foi avec tous les médicaments.

Maintenant j’ai décidé de vivre au jour le jour. Alors quand on me dit « Pense a l’avenir », j’y arrive pas. Ma maladie m’handicape. Vous allez me dire que c’est possible de guérir si je change. Mais cette maladie est une partie de moi. C’est tellement compliquée cette relation a l’alimentation. J’ai fait des choses folles pour la nourriture. J’ai souffert. J’ai pleuré. J’ai eu peur. Mais elle est encore là, tenace. Je laisse ma famille a l’écart, bien que j’aimerais au fond de moi qu’elle me soutienne. Après elle a raison, c’est ma vie. Et oui la vie est courte il faut profiter. Si un jour je meurs de cette maladie, je veux juste qu’on garde un bon souvenir de moi. L’anorexie n’est pas un jeu, ni un caprice. L’anorexie c’est un combat contre soi-même tous les jours. Tous les matins je me bats pour manger quelque chose.
Avec ma mère on a fait une soupe, mais on a rajouté du fromage, ça m’a bloqué mais je me suis forcée et je l’ai fini. C’était bon, mais la culpabilité était là. Mon poids stagne quand même, alors je me dis que je suis a un poids correct, que je mange assez.

J’ai besoin d’amour. Qu’on me dise « je t’aime ». Je l’entends si peu. J’ai le sentiment de compter pour personne. Alors, je me néglige. Je fais des mauvaises rencontre. Avec mon ex, c’était fumette tous les week-ends. Oh oui, j’étais perché. Pendant un instant j’étais heureuse. Même si parfois j’ai été très mal. Au plus bas. Médicaments et fumette, médicaments et alcool. C’était pas a faire… J’ai vécu mes expériences, j’ai rencontré des gens fous, des gens avec un grand coeur, des gens là juste pour le meilleur… etc. Je n’entretiens pas les liens car au fond, je sais que ça mène nul part. Hier j’ai retrouvé ma boîte de chewing gum et j’ai trouvé la beuh de mon ex. Je l’ai mise dans les toilettes. Je n’ai pas d’alcool chez moi. Je gère mon traitement seule, j’arrête les surdoses. J’ai avancé. Doucement mais surement. Je réalise mes erreurs du passé.

Aujourd’hui je n’arrive pas a manger. A vrai dire, je n’en vois pas l’utilité. Je me sens seule. Vivre pour qui et pourquoi? Et oui. Une hospitalisation? Non, je me battrai seule. A moi de revoir mes priorités…

Sayline

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